Spartacus : une épopée vers la liberté

Troisième partie : La fin d’un rêve

Dans l’épisode précédent, nous avons accompagné Spartacus alors qu’il enchaînait les campagnes à succès, humiliant préteurs, légats, questeurs et consuls…
Finissons ensemble cette épopée qui a débuté sous le soleil de Capoue avec l’arrivée d’un nouveau protagoniste dans le camp Romain…

Un nouveau général : l’ambitieux Marcus Licinius Crassus

A Rome, personne ne semble vouloir prendre la responsabilité de s’occuper du cas Spartacus. Ce dernier a humilié préteurs, questeurs et consuls Romains. Depuis plusieurs mois, son armée ne fait que se renforcer et les rumeurs qui circulent à son sujet suffisent à terrifier les jeunes soldats romains. Faire le serment de mettre fin à la révolte, c’est prendre le très grand risque d’échouer et ainsi, de mettre fin à sa carrière politique et militaire. Cependant, un homme choisi ce moment et cette mission pour se faire une vraie place au sein du Sénat et acquérir autant de pouvoir qu’il possède d’or. Son nom ? Marcus Crassus.

Alors âgé de 44 ans, Marcus Crassus a su se créer un réseau important dans les sphères politique et militaire romaines. Il fait partie des hommes les plus riches de la cité, met en avant un tempérament chaleureux qui le rend populaire auprès du peuple et une partie de l’élite. Ainsi, lorsqu’il construit son armée, elle est composée de jeunes volontaires issus de l’aristocratie mais aussi, et surtout, de vétérans et de centurions. Ce n’est donc plus une simple armée ramassée à la hâte.

A l’automne 72, c’est avec environ 60 000 hommes que le général Marcus Crassus marche vers Spartacus…

Un début de campagne traumatisant

L’armée romaine se déplace pour rejoindre ce qui restait des troupes vaincues des deux derniers consuls. Une fois réunies, Marcus Crassus envoie son adjoint, Mummius, à la tête de deux légions, suivre Spartacus et repérer son emplacement. Mummius a ordre “de contourner l’ennemi et de le suivre, avec défense de le combattre ou même d’engager une escarmouche” (Plutarque). Cela étant, le lieutenant décide de ne pas obéir aux ordres, méprise l’armée des esclaves et lance une attaque contre Spartacus et ses hommes. Nouvelle humiliation pour les Romains puisque le résultat de la bataille est, de nouveau, une débandade romaine… Pour Rome, l’histoire semble se répéter indéfiniment…

La décimation : l’homme au centre va être battu à mort par ses co-légionnaires
Série SPARTACUS de Steven S. DeKNIGHT

Lorsque les troupes romaines rejoignent le camp de leur chef, Marcus Crassus leur réserve un accueil traumatisant. Il décide d’organiser une très ancienne tradition, la décimation. Crassus choisi 500 hommes (parmi ceux qui ont abandonné leurs armes) et les divise en groupes de 10. Dans chaque groupe, un soldat est tiré au sort puis mis à mort par les 9 autres à coup de bâton et de pierres. Il s’agit d’une mort particulièrement violente et humiliante. Cette décision semble avoir eu l’effet escompté puisque, désormais, les Romains savent qu’il vaut mieux périr aux mains de Spartacus plutôt que de fuir et retourner auprès de Crassus. 

Le vent tourne…

Spartacus, de son côté, constate que le nouveau général envoyé contre lui est plus prudent et plus réfléchi que ses prédécesseurs. En effet, Crassus veille à ce que les camps romains soient constamment protégés pour éviter le sort réservé aux hommes de Claudius au Vésuve au début de la révolte. Par ailleurs, il envoie ses cavaliers les plus aguerris contre les éclaireurs ainsi que les groupes d’esclaves se trouvant à l’arrière de l’armée de Spartacus. Les deux camps perdent des hommes mais le chef des esclaves ne dispose pas d’autant de cavaliers que le général romain. Ses pertes sont donc plus conséquentes.

De gauche à droite :
Gannicus (Dustin Clare), Spartacus (Liam McIntyre), Agron (Dan Feuerriegel) et Crixus de dos (Manu Bennett)
Le pirate Heracleo interprété par Vince Colosimo dans la série Spartacus de Steven S. DeKNIGHT

Lors de sa marche vers le Sud de la botte italienne, le plan de Spartacus se révèle être un départ vers la Sicile de 2 000 hommes afin d’y déclencher une nouvelle révolte des esclaves. Si cela fonctionne, l’île sera à eux et ils pourront tous traverser. Cela étant, il échoue lorsque Spartacus décide de faire confiance aux pirates qui circulent entre la botte italienne et l’ile sicilienne. Ces derniers acceptent l’offre de Spartacus. Le jour de la traversée, les pirates récupèrent l’or, oui, mais ils prennent le large en laissant les esclaves sur la rive italienne… Une des théories avancées est que Marcus Crassus, connaissant les plans de Spartacus, les a déjoués en offrant une somme bien plus importante aux pirates pours qu’ils abandonnent le chef Thrace et ses hommes. Si c’est le cas, bien joué !

Spartacus et ses hommes se retrouvent alors bloqués à Bruttium et Marcus Crassus les assiège notamment en construisant un mur, protégé par plusieurs pièges, afin d’empêcher les différentes attaques lancées par Spartacus. Cependant, malgré la situation critique dans laquelle il se trouve, Spartacus parvient tout de même à percer la “ligne Crassus”, de nouveau, grâce à la ruse. Il repère la zone la moins gardée par les légions romaines, il fait exécuter les prisonniers romains en sa possession et utilise leurs cadavres pour combler les fossés creusés par les Romains. C’est un franc succès et Spartacus reprend sa marche à la tête de son armée.

A l’hiver 72, Spartacus réussi à se libérer d’un siège mais les troupes romaines sont en force, d’autant plus qu’un nouveau général romain fait son entrée en Italie et arrive en renfort à l’ambitieux Marcus Crassus. Son nom ? Vous le connaissez surement déjà : Pompée le Grand.

Crassus passe à l’attaque

Spartacus et ses hommes marchent de nouveau vers le nord et la région samnite alors que Crassus craint qu’ils ne se dirigent de nouveau vers Rome. Malheureusement pour Spartacus, une scission s’opère au sein de son armée entre d’un côté, les Gaulois et les Germains et de l’autre, le reste des ethnies. C’est la troisième fois, depuis le début de la révolte qu’un chef Gaulois décide de faire bande à part. Le premier était Oenomaus, le second, Crixus et le dernier est Cannicius.

Cependant, Spartacus ne se sépare pas réellement des Gaulois, probablement puisqu’il craint qu’une partie de son armée ne subisse le même sort qu’Oenomaus et Crixus.  Marcus Crassus décide d’attaquer les Gaulois, éloignés de Spartacus, et près de 6 000 Gaulois périssent sous les épées romaines. Cela étant, Spartacus ne les a pas abandonnés et la bataille n’est pas décisive pour Crassus puisque l’arrivée de Spartacus à la dernière minute inquiète le général romain qui décide de regrouper ses troupes au lieu de continuer l’offensive.

Crassus doit se dépêcher de vaincre Spartacus avant que Pompée ou Lucullus ne viennent prendre le commandement de la mission, lui voler la vedette et ainsi voir tous ses investissements vains. A ce stade, Spartacus est sur le point de revenir en Campanie, Crassus met alors en place une stratégie rusée et efficace

Il installe deux camps militaires près du mont Cantenna. Lorsque la nuit tombe, profitant de l’obscurité, il déplace ses troupes mais laisse sa tente dans le camp le plus important pour convaincre Spartacus qu’il est encore sur place. Arrivé au pied du mont, il divise sa cavalerie en deux. Une partie s’occupe de chasser les éclaireurs de Spartacus, le rendant aveugle aux agissements de Crassus. L’autre provoque les Gaulois pour les attirer sur le champ de bataille de leur choix, où les attendent le plus fort de l’armée de Crassus. L’armée gauloise répond aux provocations des Romains et est anéantie mais jamais n’a fui.

Un dernier sursaut, au nom de la liberté

L’armée de Spartacus compte désormais moins d’hommes que celle de Crassus. Ce dernier continue de suivre Spartacus qui a choisi d’opérer un demi-tour vers le golfe de Tarente. Cela étant, les hommes à la tête des troupes légères, chargés uniquement de suivre Spartacus, ne sont pas assez prudents et l’armée des esclaves décide les attaquer. Les Romains perdent cette bataille et fuient le terrain, l’un des leaders est même blessé… Cela redonne du courage et de l’entrain aux hommes de Spartacus et ils refusent désormais d’éviter les combats contre Rome. Notre chef Thrace semble maintenant suivre la volonté de ses hommes au lieu de les contrôler.

A Rome, le Sénat a autorisé le jeune imperator, Pompée Le Grand, à entrer en Italie avec ses légions. Il se dirige alors à toute vitesse vers la Campanie afin d’en finir définitivement avec Spartacus et son armée de rebelles. Crassus doit agir vite s’il ne veut pas que ses succès passés ne soient effacés par une victoire éclair de Pompée.

Spartacus a probablement conscience que son destin est scellé. En tant que stratège, il sait qu’il n’a plus assez d’hommes depuis la défaite des Gaulois. Il a perdu le contrôle de ses hommes et doit être informé du fait que Rome envoie l’un de ses plus puissants généraux pour anéantir sa rébellion.

La dernière bataille

Crassus continue d’employer la prudence et creuse des fossés autour de son camp militaire pour se protéger des rebelles. Ces derniers, lassés de la pression psychologique qui précède une bataille, attaquent le camp. Des deux côtés, les hommes viennent à la rescousse de leurs camarades, ce qui provoque l’ultime bataille. Spartacus est contraint de sortir et d’organiser toute son armée face aux dix légions de Crassus et ses alliés.

Lorsque l’ensemble de l’armée de Crassus et ses alliés est déployée, Spartacus et ses hommes font face à une force qui s’étend sur l’équivalent de 80 terrains de football, soit près de 100 000 soldats. De son côté, son armée est aussi bien organisée et tout aussi déterminée mais moins nombreuse, composé d’environ 70 000 hommes. Selon Plutarque, sentant que son armée perdait quelque peu de son ardeur face à un tel adversaire, Spartacus choisi de sacrifier son cheval comme symbole. « Tout d’abord, il se fit amener son cheval, tira son épée et dit que, vainqueur, il trouverait chez les ennemis beaucoup de beaux chevaux, et que, vaincu, il n’en aurait pas besoin ; là-dessus, il égorgea le cheval. » Spartacus fait donc comprendre à ses hommes qu’il compte soit gagner, soit périr mais ne reculera pas.

Cette fois ci, l’armée de Crassus est redoutable sur le terrain et les techniques utilisées sont particulièrement efficaces contre les rebelles. Il semblerait que la formation des recrues romaines ait été influencé par celle des doctore, ces anciens gladiateurs qui faisait office d’instructeurs dans les ludus. Spartacus tente alors de s’en prendre au leader des Romains et tente, tant bien que mal, à rejoindre Marcus Crassus. Il ne parvient pas à atteindre son but mais réussi tout de même à éliminer deux centurions et on ne sait combien de soldats durant sa marche vers le général romain. Tous les auteurs antiques, qu’ils soient hostiles aux rebelles (Florus & Appien), ou plus mesurés (Plutarque), soulignent la bravoure du chef Thrace et des révoltés.

Selon Florus, « ils se jetèrent sur les Romains et moururent en braves. Comme il convenait aux soldats d’un gladiateur, ils ne demandèrent pas de quartier.
Spartacus lui-même combattit vaillamment et mourut au premier rang, comme un vrai général. »

Le sort des vaincus

Après la bataille, une partie des esclaves fuit dans les montagnes, mais, cette fois ci, Marcus Crassus sait qu’il a l’avantage. Il quadrille la zone et envoie ses hommes anéantir ces esclaves qui ont osé défier Rome. Par ailleurs, il fait tout de même près de 6 000 prisonniers et leur sort est bien plus cruel que ceux de leurs camarades tombés au combat. Marcus Crassus veut montrer qu’il est celui qui a mis fin à la révolte et que Rome ne risque plus rien. Il choisit de tous les crucifier en plaçant une croix environ tous les 30 mètres entre l’entrée de la ville de Capoue – là où tout a commencé – jusque Rome. Certains sont morts en quelques heures, d’autres ont agonisé pendant plusieurs jours.

Pompée le Grand interprété par Joel Tobeck dans la série SPARTACUS de Steven S. DeKNIGHT

Cependant, ce geste fort et cruel de Marcus Crassus, bien que marquant, est en partie éclipsé par l’intervention de Pompée. En effet, malgré le fait que Crassus ait anéanti la majorité des esclaves en fuite, c’est Pompée qui finit d’achever les 5 000 hommes qui se sont échappés en Lucanie, vers la cité de Thurium. Ce dernier « écrivit au Sénat que Crassus avait défait ces fugitifs en bataille rangée, mais que c’était lui qui avait coupé les racines de cette guerre. » … Marcus Crassus, qui a passé les six derniers mois à pourchasser Spartacus et mis fin à la révolte, se voit contraint de partager sa gloire avec le jeune général Pompée le Grand.

Et Spartacus?

Officiellement, le corps de Spartacus n’a jamais été retrouvé, du moins il n’est pas fait mention de sa découverte. Les sources, qui semblent reprendre les mots de témoins oculaires, décrivent ses derniers hauts faits et sa chute. Cependant, personne ne dit explicitement que son corps a été récupéré, ni par ses hommes, ni par les Romains.

Il existe donc plusieurs théories. L’une d’entre elle, la moins glorieuse et la plus triste, est que son corps a bien été identifié par les Romains via le témoignage d’esclaves, mais qu’il a été laissé sur le champ de bataille pour nourrir les charognards. Une autre – la moins probable – reprise dans le film de Stanley Kubrick, est qu’il fait partie des prisonniers et partage leur sort. Dans la série SPARTACUS, son corps blessé est récupéré par une poignée d’esclaves qui a réussi à s’enfuir et qui l’ont enterré dans les montagnes afin que Rome ne puisse jamais humilier son cadavre ou détruire sa sépulture. Le mystère étant entier, chacun choisira celle qui lui parle le plus…

Alors, chers lecteurs, que pensez-vous de cette aventure ? Auriez-vous été de ces romains qui craignent Spartacus ? de ceux qui l’admirent ? Ce qui est certain, c’est que cette troisième révolte servile a ébranlé la grande Rome et, pour reprendre les mots du Spartacus de la série de Steven S. DeKnight, rejoindre les rangs de cet homme, c’était, en effet, voir Rome trembler…


Source principale : TEYSSIER Eric, Spartacus, Tempus Perrin, 2017

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